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Je cours… Je sue… Je souffle… Je n’en peux plus… Je sens l’afflux du sang dans mes veines. Le sang… Son sang… Un sang étranger au mien parcourt mes veines, une vie étrangère à la mienne parcourt mon âme. Et dire qu’il y a encore quelques temps j’étais deux. Une éternité que cela ne m’était plus arrivé. Deux… trois… Je ne compte désormais plus les vies qui me hantent, les sangs qui circulent à l’intérieur de mon être, ni ces horreurs qui me transcendent. Combien d’entre eux se sont sacrifiés pour moi ? A combien d’entre eux ai-je pris la vie ? Cette vie qui m’empêchait de mourir, cette mort qui va m’autoriser à vivre. Les jours et les mois passent, comme les morts. Ces morts qui n’attirent l’attention de personne, qui remplissent les feuilles blanches des journaux. Ces morts qu’à ma façon je fais vivre en leur donnant une dimension tout autre. Que l’on retienne les larmes et que l’on cesse les cris. Ils sont vivants et ce parce que je suis vivant. Je fais vivre ces morts. Las d’une existence sans interférence, je suis l’étincelle qui embrase leur feu intérieur au demeurant éteint. Je suis la vie… la mort… Faucheuse ? Tueuse ? Je me nourris d’une nourriture taboue, d’un mets néanmoins délicieux que l’on m’a toujours interdit… Ce sang sur mes mains, dans mes veines, dans mon âme. L’écarlate qui se reflète sur ma noirceur, mon obscurité, mes ténèbres. Une vie est morte et une autre renaît. Ô mes amours déchues, faut-il que je vous eusse tuées pour vous faire ressentir les plaisirs et les affres de l’humanité toute entière qui se consument au creux de mon corps ? Vous êtes mon essence, ma nourriture terrestre, le dernier jour de ma condamnation. Cette partie d’échecs commencée sans trop de suspens se termine ainsi. Je prends la reine-vie mais la mort-tour me met mat. Mat par une sensation de bien être immense, une sensation orgasmique qui culmine en mon for intérieur, ne cessant de grandir au fur et à mesure que le sang coulé sur le sol croît pour laisser place à une propreté écarlate qui me fait jouir. Combien de ceux à qui j’ai coupé le fil de la vie comprendraient cette sensation de toute puissance? Je suis une danaïde dont les veines ne se rempliront jamais assez de ce sang étranger que je chéris tant. Et de mon cœur s’énamourer pour ces horreurs.
J’ai pris la vie de nombreuses personnes. Je n’ai jamais répondu à la question posée lors de leur dernier râle. Une question sans réponse pour une vie sans interrogation. La tranquillité de leur existence, voilà ce que j’ai rompu, brisé, comme l’on brise mon œuvre à travers des propos éhontés. Je laisse sur eux une marque indélébile, la même marque que je laisserai à l’histoire, cette histoire qui m’a engendré et qui me verra mourir comme elle a vu mes victimes s’évanouir. Pourquoi demandez de l’aide après une telle extase ? Pourquoi s’arrêter en de telles circonstances ? Ce n’est que le spectre de la mort qui paraît derrière moi, ce spectre qui hante les esprits sans qu’ils ne sachent pourquoi. Alors à cette funeste question, que dire ? Que prétendre ? Même au fond de moi, cela reste sans réponse. Une ébauche semble cependant s’esquisser… Je me sens vivant… puissant… Je sers entre mes mains qui s’imprègnent de leur sang leur vie misérable. Je suis la mort… La Mort… La Mort… et je nourris leurs inquiétudes, leurs fantasmes, leurs pensées inavouées. Et sur moi se referment les rideaux, ces mêmes rideaux qui ont vu se dérouler le spectacle de la vie. Valite et plaudite
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